Jour 1 : rien ne sert de courir.

Départ prudent avec un excité en guise de compagnon de route qui veut relancer toutes les 5mn. Assez plat et parfois monotone parce que tout droit. Un beau dimanche de printemps. On se sépare à Nevers et je longe un canal jusqu’à la fin du jour. 286 km, j’aurais pas dit.

Jour 2 : il faut partir à point.

J’ai beau savoir que les pauses contrarient le timing, je profite de mon lundi au soleil. Mais c’est Garmin qui contrarie mes plans. Après Moulins il me fait un tracé jusqu’à Lyon façon Picasso. À 20h le papi d’un village me dit « oula c’est à 90 bornes et il y a encore un col » un mélange de maladresse et de sincère désarroi qui me réjouit profondément. Les tendons commencent à brûler mais j’ai un moral de feu. Je me dis que je pourrais terminer à pied s’il le fallait. Et boum : mon dérailleur casse… 50 km sur grand plateau, heureusement la fin est plutôt roulante. Arrivée à minuit, bien cané mais content.

Il n’est pas nécessaire d’aimer le cyclisme pour apprécier le Tour. Pour moi c’est l’un des principaux monuments de la France du 20° qui a brassé toutes les générations, de la France de mon enfance à celle de nos ainés. Une délicieuse madeleine.

Personne n’en parlera mieux que Blondin qui a suivi le Tour de France pendant plus de 30 ans et qui en était amoureux. J’aimerai dédier mon Tour à ce hussard de génie et rendre hommage à ses écrits qui, j’en suis convaincu, hameçonneraient les plus réfractaires…

 

Ce week-end j’ai enfourché mon biclou pour tester l’efficacité de ma préparation « Tour de France » et la réalité d’une nuit sous la tente, ce qui est prévu entre chaque ville étape.

Pour la destination, ce sera Camembert !

Quel plus beau symbole pour vanter la découverte de la France à vélo ? Gagner tranquillement ce village perdu et mondialement reconnu pour mériter la dégustation d’un bon Camembert fermier, c’est quand même plus sexy qu’un crochet en voiture.

Au programme : départ de Paris en passant par la vallée de Chevreuse et le Perche pour enfin revoir la Normandie. Le dimanche, un camembert bien fait en guise de petit déj, un bon café sur le port d’Honfleur et un retour au plus direct en traversant ces pays qu’on ne mentionne pas dans les guides touristiques et qui, de ce fait conservent tous leurs charmes.

Sur le papier, ça a de la gueule. Mais finalement je perds du temps pour trouver mon chemin et j’en prends trop pour apprécier les charmes et les délices du Perche. La nuit finit par me perdre et m’interrompre. Je monte la tente sous les étoiles et tout va bien. Un réveil matinal devrait me permettre de rattraper ce léger retard pour coller au plan.

Finalement, c’est la nuit qui me colle… Transi de froid et progressivement trempé de cette eau condensée qui tombe goutte après goutte sur mon sac de couchage, Je ne ferme pas l’œil… C’est très long une nuit sans dormir.

5h du mat’ j’ai des frissons mais je constate avec bonheur que la fin du calvaire est proche. -4° au petit jour, la mise en route est délicate. Soyons honnête, je me demande clairement ce que je fous là. Un peu inquiet à l’idée de pédaler 260km dans cet état, je décide de rentrer par le plus court chemin. Honfleur et Camembert attendront.

Passé 9h, le corps réchauffé par le soleil, je reprends ma balade par le bon bout. Les petites contrariétés n’ont pas de prise quand l’état d’esprit est bon. « C’est le propre d’un test de pointer les défaillances. Et puis si tout était simple, ce ne serait plus l’aventure… ».

Refaire le premier Tour de France pour promouvoir le tourisme à vélo? Quel rapport?

Bien sûr c’est d’abord l’aventure et le goût du défi qui ont guidé mon désir. 200 km en une journée, je n’avais jamais fait. J’ai essayé et j’ai adoré. Le répéter 12 jours de suite, c’est autre chose. Je partirai seul (c’est un peu mon Vendée Globe…) mais j’aimerais partager ce Tour pour vous communiquer la joie de la découverte à vélo. Si pour vous, le voyage doit être une parenthèse de votre quotidien, sachez que le vélo modifie immédiatement votre rapport à l’espace et au temps.

Aujourd’hui, partir au bout du monde est si facile que la quête d’exotisme est presque vaine. Alors qu’à vélo on est sûr de rencontrer l’authentique en quelques tours de roues. Un week-end, quelques dizaines de kilomètres et c’est déjà parfait.

Des paradis perdus il y en a partout, il suffit de se perdre. Toutes les régions méritent le coup d’œil mais certaines sont plus favorables aux coups de pédale. Selon son niveau et ses attentes, on s’adapte en considérant le climat, le relief, les infrastructures dédiées…

Le premier Tour a inspiré la France et le vélo. 6clo souhaite à son tour inspirer vos prochains voyages à vélo et vous orienter vers les itinéraires les mieux adaptés à vos attentes. Vous trouverez ici des billets pour mettre en avant nos suggestions dans les régions traversées et des conseils pratiques pour voyager à vélo en toute simplicité.

Pleinement convaincu des vertus de la petite reine, j’ai fait un vœu pour 2017 : refaire le 1er Tour de France pour promouvoir et faciliter la découverte de la France à vélo.

Traverser les vignobles et les vallées, suivre les traces des valeureux pionniers, admirer les villages harmonieux et ceux abandonnés, contempler la nature, les oppositions de couleurs, les jeux de lumière, fendre l’air, humer l’atmosphère… Cheminer du matin jusqu’au soir la France profonde, ses lieux dits et ceux plus reculés encore, redécouvrir son Histoire et celle de nos régions, nos terroirs et ses bons gueuletons. Apprécier les villes étendards, les sentiers cabossés, casser la croute, tracer la route…

La belle aventure ! 2400 kms, 6 étapes et 12 jours pour rallier Paris en passant par Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux et Nantes. Départ le 26 mars, avec l’heure d’été et ses promesses de jours meilleurs, le Printemps, ses parfums et ses fleurs.

J’espère le boucler le 6 avril. J’espère aussi vous donner l’envie et les bonnes infos pour que cet été vous puissiez enfourcher votre bicyclette, le cœur en fête.

2017 me fait rêver. Et c’est tout ce que je vous souhaite.

Bonne année à tous.